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Analyse de la RT 2012 : premiers retours, premiers constats

février 2015

A l’occasion d’une journée de travail ayant réuni les adhérents de PROMODUL autour du thème des réglementations thermiques présentes et à venir, une partie du programme a été consacrée à l’analyse des premiers retours de l’application de la RT 2012.

En raison de sa mise en œuvre récente, il est encore assez difficile de faire un point exhaustif. En effet, beaucoup de permis délivrés n’ont pas encore abouti à la réception de travaux. Mais les professionnels du tour de table ont déjà quelques résultats et constats significatifs quant à son application depuis le 1er janvier 2013.

QUELS SONT LES OBJECTIFS DE LA RT 2012

Rappels des objectifs de la RT 2012 et des trois axes définis lors de sa présentation :
- Une évolution technologique et industrielle significative pour toutes les filières du bâti et des équipements ;
- Un très bon niveau de qualité énergétique du bâti, indépendamment du choix de système énergétique ;
- Un équilibre technique et économique entre les différentes énergies utilisées pour le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire.

DÉSÉQUILIBRES ET DYSFONCTIONNEMENT
Les premiers retours et constats sont assez clairs. Les objectifs d’équilibre entre les différentes énergies et le niveau d’efficacité énergétique du bâti, indépendamment des systèmes utilisés, ne sont pas atteints ! Il n’y pas vraiment d’équilibre énergétique et la qualité énergétique du bâti n’est donc pas encore au rendez-vous. Ou, dans tous les cas, pas au niveau attendu par les pouvoirs publics avec la mise en place de cette réglementation. On revient à des Bbio très proches des Bbio Max, le bâtiment n’est pas optimisé comme attendu, et on cherche un Cep < au Cep max avec des équipements permettant d’y arriver facilement.

Dans les immeubles collectifs par exemple, on constate qu’à ce jour l’énergie gaz est retenue dans près de 80% des mises en chantier.

En maisons individuelles le déséquilibre, moins marqué (en raison des solutions PAC double service ou des productions d’ECS thermodynamiques), existe quand même. Une remarque est faite à ce propos et elle doit être prise en compte pour l’analyse. En raison de la crise qui frappe l’économie et de la difficulté de vendre des m² habitables, la surface des maisons proposées à la vente et vendues diminue. Le besoin de place et de m² se faisant sentir, les solutions avec ballons qu’ils soient solaires ou thermodynamiques commencent à être mises en concurrence avec les solutions chaudière double service + poêle ou chaudière double service + photovoltaïque.

Il est noté, en particulier depuis la parution de la fiche d’application « poêle à bois », une légère tendance à se diriger vers ces systèmes associés. Le « poêle à buche » en appoint non régulé assurant la production d’Aepenr supérieure à 5%. Le photovoltaïque étant plutôt à la baisse on assiste également là à une légère progression de ce type de solutions (micro PV) pour la validation de l’article 16 de l’arrêté du 26 octobre 2010. Mais aujourd’hui ces systèmes sont considérés comme une solution de simplification ou de validation réglementaire économique.

Relativement aux dysfonctionnements et problèmes d’exploitation, il est rappelé que le vieillissement, l’entretien et la maintenance des systèmes et équipements ne sont pas suffisamment intégrés dans la démarche globale alors que ce sont des caractéristiques de performance. Jusqu’alors, la maintenance et l’entretien sont souvent considérés comme facultatifs, en tous cas chez les particuliers ce qui créé des problèmes.

On commence aussi à constater des retours liés à la qualité de l’air du bâtiment. Les pathologies seraient assez similaires à celles des niveaux de labels BBC en RT 2005 :

- Problème de condensation en raison des taux d’humidité intérieur important en phase de séchage et de l’étanchéité à l’air de la construction (même quand une VMC fonctionne correctement) ;
- Situation aggravée pendant la phase travaux par l’absence de fonctionnement de systèmes de ventilation et chauffage avant la réception ;
- Problèmes de maintenance et d’acoustique en l’absence de réels locaux techniques (pour des questions de surface).

RT 2012 ET INNOVATION
En tant que règlementation, la RT 2012 c’est-à-dire, l’arrêté du 26 octobre 2012 ne freine pas en soi l’innovation et relève globalement d’actions cohérentes et de bon sens.

Mais par contre la procédure fastidieuse et couteuse des Titres V, due à la non prise en compte de certains systèmes dans la méthode de calcul Th-BCE, est considérée comme freinant la mise sur le marché et la commercialisation de solutions innovantes. Les professionnels ont du mal à s’investir, dans la recherche. Le marché étant déjà difficile économiquement, rien n’est arrangé par la démarche administrative restant compliquée et relativement fermée.

La non mise à jour systématique du moteur de calcul n’est pas sans rajouter à la lourdeur du système. En effet, les éditeurs de logiciels ou l’utilisateur des outils de calculs thermiques ont l’obligation d’utiliser des applications Excel et de récupérer selon les cas des coefficients de conversion à transposer dans le modèle de calcul existant.

Globalement, les prescriptions des titres V « systèmes » restent limitées. A ce jour le titre V relatif au PAC double service est celui qui a le plus d’impact sur le marché, sans doute parce que le moteur de calcul intègre automatiquement les algorithmes permettant la valorisation du Cep avec ce choix technologique.

TENDANCES EN SITUATION DE CRISE
La situation actuelle fait qu’il y a une baisse significative des dépôts de permis de construire pour les immeubles neufs et les maisons individuelles. Essentiellement pour des raisons économiques, les choix au niveau des produits et systèmes indiquent une tendance à la systématisation de certaines solutions.

Après quelques mois d’application on note une tendance à la diminution des épaisseurs d’isolants distribués en neuf. Confirmant qu’après une première approche vers des bâtis renforcés, la tendance est allée vers le calage au niveau du Bbio max en utilisant plutôt les systèmes moins « pénalisés » comme variables pour faire les gains au niveau du Cep et assurer la validation réglementaire du projet.

Il faudra surveiller les évolutions futures au fur et à mesure de l’augmentation des permis et ainsi réellement observer si les systèmes de production d’énergie et les systèmes ENR sont utilisés comme de véritables outils d’évolutions des systèmes constructifs ou seulement comme des compensations « algébriques ».

CONTRÔLE ET VÉRIFICATION
Le tour de table a commencé à noter quelques problèmes au niveau des contrôles par rapport à la mise en place de certains systèmes classiques et peu onéreux mais non validés par l’étude thermique. Le fait de faire un Bbio seul et de laisser se développer la construction sans avoir préalablement figé le choix des systèmes et la validation du Cep n’est pas assez intégré dans la réflexion.

Les professionnels s’interroge sur la nécessité de revoir les fiches de contrôle (même les basiques), car, par exemple aujourd’hui, la présence d’un système de comptage n’est pas vérifiée.

En dehors de ces points rien n’est remarqué de manière significative au niveau des premiers retours des « attesteurs ». C’est encore trop tôt, il n’y a pas eu assez de contrôles effectués pour réaliser une première analyse.

CONCLUSIONS
En conclusion et à ce jour, on peut dégager un premier constat global :
- En grande partie pour des raisons économiques, la logique poursuivie par les maitres d’ouvrages par rapport à la RT 2012 est surtout la recherche de la validation réglementaire au plus près des seuils maximum autorisés. Le but : éviter les surcoûts.
- On est encore loin du triple objectif recherché lors de la mise en place de cette réglementation :

  1. L’évolution technologique et industrielle significative pour toutes les filières du bâti et des équipements est au ralenti voire à l’arrêt dans certains cas ;
  2. Le très bon niveau de qualité énergétique du bâti, indépendamment du choix de système énergétique est loin d’être la règle ;
  3. Un équilibre technique et économique entre les différentes énergies utilisées pour le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire. Les faits prouvent que l’on en est encore loin.

En tous cas, un message clair se détache de ces premiers retours et constats d’application de la réglementation. Alors que cette RT 2012 peine à la mise en place de ses fondamentaux et qu’on est encore loin de l’atteinte de ses objectifs, on parle déjà de la réglementation 2020 et du bâtiment responsable. Il serait sage et judicieux de poursuivre vers une construction cohérente sur des bases claires et identiques au risque de fragiliser les fondations et d’écrouler tout l’ensemble !

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